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Libertés & Droits Fondamentaux

Livre IV Droit Pénal Pratique

Effacement d’une condamnation du casier judiciaire : erreurs à éviter dans la demande

Personne remplissant une demande effacement casier judiciaire sur un bureau avec documents

La réhabilitation de plein droit, prévue à l’article 133-13 du Code pénal, retire une condamnation des bulletins n°2 et n°3 sans aucune démarche, après 3, 5 ou 10 ans sans nouvelle condamnation selon la peine. Avant ce terme, deux voies existent : demander l’exclusion de la mention du bulletin n°2 à la juridiction qui vous a condamné, ou solliciter une réhabilitation judiciaire, tranchée par la chambre de l’instruction. Dans tous les cas, la condamnation reste inscrite au bulletin n°1. Quatre erreurs expliquent l’essentiel des refus : un mécanisme mal choisi, une autorité mal identifiée, un dossier trop mince et le fichier TAJ oublié. Chacune se corrige avant l’envoi de la requête.

En bref

  • Le bulletin n°1 conserve la mention, sauf retrait après 40 ans sans nouvelle condamnation (3 ans pour la plupart des contraventions).
  • La réhabilitation judiciaire se demande au plus tôt 1 an (contravention), 3 ans (délit) ou 5 ans (crime) après la libération ou la condamnation définitive.
  • L’exclusion du bulletin n°2 est fermée aux infractions de l’article 706-47 du Code de procédure pénale, notamment sexuelles sur mineurs.
  • L’avocat reste facultatif ; la réhabilitation judiciaire exige d’avoir payé amendes, frais de justice et dommages et intérêts.
  • Un tiers qui se fait délivrer votre bulletin n°3 s’expose à 7 500 € d’amende.

Avant toute demande, identifier le bulletin et la mention qui bloquent votre projet

Commencez par obtenir votre bulletin n°3 auprès du Service du casier judiciaire national. Il est gratuit : les sites qui le facturent sont à éviter.

B1, B2, B3 : qui consulte quoi et ce que vous pouvez vérifier vous-même

Le bulletin n°1 regroupe toutes les mentions et sert aux seuls magistrats. Plus réduit, le bulletin n°2 est délivré à certaines administrations et à des employeurs de secteurs encadrés (fonction publique, sécurité privée, contact avec des mineurs). Quant au bulletin n°3, il ne retient que les condamnations les plus lourdes, comme l’emprisonnement ferme de plus de deux ans. Un employeur peut vous demander de le produire, mais seul vous pouvez l’obtenir. Pour connaître le reste, écrivez au procureur de la République du tribunal judiciaire de votre domicile : l’article 777-2 du Code de procédure pénale vous ouvre la consultation du relevé intégral, sans remise de copie.

Une amende forfaitaire délictuelle payée fait partie des mentions à repérer. Encadrée par les articles 495-17 à 495-25 du même code, elle éteint l’action publique dès le paiement, sans juge, tout en étant enregistrée au bulletin n°1. Elle n’apparaît pas sur le bulletin n°3. Le dispositif couvre plus de 90 délits (défaut d’assurance, usage de stupéfiants, conduite sans permis) ; selon La Marseillaise, le nombre d’amendes émises est passé de 57 300 en 2019 à près de 500 000 en 2024. Pour la contester, il faut d’abord verser une consignation. Rapprochez ensuite chaque mention du bulletin que consulte l’organisme qui bloque votre projet : viser une mention absente de ce bulletin ne débloque rien.

Erreur n°1 : confondre exclusion du B2, réhabilitation et effacement automatique

Ces mécanismes n’ont ni le même déclencheur ni le même juge. Demander une réhabilitation judiciaire alors que la réhabilitation de plein droit est déjà acquise fait perdre des mois pour un résultat identique. Une condamnation avec sursis quitte le bulletin n°2 dès qu’elle devient non avenue, à la fin du délai d’épreuve sans révocation. Le délai de réhabilitation court à partir de cette date. Vérifiez aussi la nature des faits : certaines condamnations ne peuvent pas être retirées par la voie de l’exclusion.

MécanismeTexteQui décideQuandEffet
Effacement automatiqueArt. 769 CPPPersonne3 ans (contraventions), 40 ans (autres)Retrait du B1
Réhabilitation de plein droitArt. 133-13 C. pén.Personne3, 5 ou 10 ans selon la peineRetrait des B2 et B3
Exclusion du B2Art. 775-1 CPPJuridiction de condamnationAu jugement ou ensuite sur requêteRetrait des B2 et B3, levée des interdictions
Réhabilitation judiciaireArt. 785 et s. CPPChambre de l’instruction1, 3 ou 5 ans après la peineRetrait des B2 et B3

Erreur n°2 : saisir la mauvaise autorité ou déposer sa demande trop tôt

Le Service du casier judiciaire national, à Nantes, exécute les décisions : il ne statue sur aucune demande. Un courrier qui lui est adressé n’ouvre aucune procédure.

Procureur, juridiction de condamnation ou chambre de l’instruction : à qui écrire

Pour une exclusion du bulletin n°2, écrivez au procureur de la République près le tribunal qui a prononcé la peine. Si une cour d’appel a statué, le destinataire devient le procureur général. Une condamnation de cour d’assises relève de la chambre de l’instruction du ressort. En cas de pluralité de condamnations, l’article 702-1 du Code de procédure pénale désigne la dernière juridiction ayant statué. Rien n’oblige à attendre : l’exclusion peut même être plaidée à l’audience de jugement. Pour la marche à suivre détaillée, consultez notre guide sur la requête en exclusion d’une mention du bulletin n°2.

La réhabilitation judiciaire suit une autre route. Votre demande part au procureur de la République de votre résidence actuelle. Il fait mener une enquête, puis transmet le dossier au procureur général, qui saisit la chambre de l’instruction. Déposée avant le délai de l’article 786 (1, 3 ou 5 ans), elle est déclarée irrecevable.

Erreur n°3 : envoyer une requête peu motivée et un dossier incomplet

Une requête motivée identifie précisément la mention visée : date de la décision, juridiction, peine. Elle indique aussi les lieux où vous avez résidé depuis la condamnation, comme l’exigent les articles 703 et 790 du Code de procédure pénale. Expliquez ensuite ce que la mention empêche concrètement : un concours, un agrément, une embauche. Joignez la preuve de ce projet. Dans les requêtes que j’ai relues, le défaut le plus fréquent reste un courrier qui exprime des regrets sans aucune pièce pour les étayer. Le magistrat attend des faits datés et une absence de nouvelle condamnation vérifiable.

Les pièces justificatives qui pèsent vraiment dans la décision

Pour la réhabilitation judiciaire, l’article 788 exige de justifier du paiement des amendes, des frais de justice et des dommages et intérêts, ou de leur remise. Ce paiement pèse tout autant dans une demande d’exclusion. Rassemblez :

  • pièce d’identité et justificatif de domicile ;
  • copie du jugement et bulletin n°3 récent ;
  • quittances d’amendes, de frais et de dommages et intérêts ;
  • promesse d’embauche, convocation à un concours ou courrier de refus ;
  • contrats de travail, bulletins de salaire, diplômes et formations ;
  • attestations d’employeur, d’association ou de bénévolat ;
  • preuves de stabilité familiale et de logement.

Erreur n°4 : oublier le fichier TAJ une fois le casier nettoyé

Le Traitement des antécédents judiciaires (TAJ), géré par le ministère de l’Intérieur, ne dépend pas du casier. Il recense les personnes mises en cause dans une enquête, y compris après un classement sans suite, une relaxe ou un non-lieu. Police, gendarmerie et administrations le consultent lors des enquêtes administratives préalables aux agréments et aux emplois sensibles. Une mention retirée du bulletin n°2 peut donc continuer à vous fermer une porte. La demande d’effacement du TAJ part au procureur de la République ou au magistrat référent chargé du fichier. Pour une condamnation, elle n’est en principe recevable qu’une fois la mention sortie du bulletin n°2. Déposez-la donc juste après la décision d’exclusion ou la réhabilitation. Un refus du procureur se conteste devant le président de la chambre de l’instruction. Pour savoir ce que le fichier contient, la CNIL décrit les modalités d’accès.

Les agents de sécurité privée rencontrent souvent cette double difficulté. Le CNAPS examine le casier et le TAJ avant de délivrer ou de renouveler une carte professionnelle. Après un refus de la commission locale, vous disposez de deux mois pour former un recours administratif préalable obligatoire devant la commission nationale (articles L. 633-3 et R. 633-9 du Code de la sécurité intérieure), avant tout tribunal administratif. Dans un arrêt du 14 septembre 2026, la cour administrative d’appel de Paris a jugé illégal un refus fondé sur des faits graves mais isolés, vieux de près de onze ans, dont la mention avait disparu du bulletin n°2 et du TAJ. Joignez à votre recours les décisions d’effacement obtenues : elles ont pesé dans ce dossier.

Après la décision : délai de traitement, refus et nouvelle demande

Aucun délai légal n’encadre l’examen d’une requête ; restez joignable et répondez vite aux demandes de pièces complémentaires. Le jugement sur une exclusion du bulletin n°2 est rendu en chambre du conseil, après audition du ministère public et du requérant ou de son conseil, ou après leur convocation régulière. L’article 703 du Code de procédure pénale ouvre l’appel contre un refus. Si la décision émane d’une cour d’appel ou d’une chambre de l’instruction, la voie ouverte est le pourvoi en cassation. Le délai d’appel correctionnel ne dure que dix jours : faites appel sans attendre et versez au dossier les éléments qui manquaient en première instance. C’est à ce stade qu’un avocat pénaliste se révèle le plus utile, surtout en présence de plusieurs condamnations.

Après un rejet de réhabilitation judiciaire, l’article 797 impose d’attendre deux ans avant une nouvelle demande. Si le refus tenait seulement à un délai insuffisant, vous pouvez la renouveler dès que ce délai est atteint. Notez dès maintenant cette date et commencez à réunir vos justificatifs.

FAQ

Comment effacer mon casier judiciaire ?

Consultez d’abord votre bulletin n°3 et votre relevé intégral pour savoir si une réhabilitation de plein droit est déjà acquise. Si ce n’est pas le cas, demandez l’exclusion de la mention du bulletin n°2 à la juridiction qui vous a condamné, ou une réhabilitation judiciaire via le procureur de votre résidence. La mention disparaît alors des bulletins n°2 et n°3, mais reste au bulletin n°1.

Est-ce que le casier judiciaire s’efface automatiquement ?

En partie. La réhabilitation de plein droit retire la condamnation des bulletins n°2 et n°3 après 3, 5 ou 10 ans sans nouvelle condamnation, selon la peine. Le retrait du bulletin n°1 intervient après 3 ans pour la plupart des contraventions. Pour les autres condamnations, il faut attendre 40 ans sans nouvelle condamnation.

Qu’est-ce que la réhabilitation de plein droit en droit français ?

C’est un effacement acquis sans demande, défini par l’article 133-13 du Code pénal. Le délai est de 3 ans après le paiement d’une amende et de 5 ans après une peine d’emprisonnement d’un an au plus. Il atteint 10 ans pour une peine unique de dix ans au plus. Ces délais sont doublés en cas de récidive légale.

L’amende forfaitaire délictuelle est-elle inscrite au casier judiciaire ?

Oui. Une fois payée, elle éteint les poursuites mais reste enregistrée au bulletin n°1, accessible aux seuls magistrats. Elle ne figure pas sur le bulletin n°3 que vous remettez à un employeur. Pour vérifier son inscription, demandez au procureur de la République de votre domicile à consulter votre relevé intégral.

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